La nécessaire reconstruction de la ville elle-même

La nécessaire reconstruction de la ville elle-même

Je l’ai déjà écrit et dit dans de nombreux articles ou conférences, la nécessaire reconstruction de la ville sur elle-même n’est pas un avis personnel dont on peut débattre, mais une nécessité absolue et urgente. Tous les sept ans, nous urbanisons l’équivalent d’un département français moyen au détriment de nos terres agricoles, ce qui est considérable ! La ville n’étant plus contrainte par des remparts pour des raisons de sécurité depuis le XVIIIème ou le XIXème siècle, elle n’a cessé de croître en surface. Pour donner un exemple de l’importance de cette extension, l’agglomération de Marseille a multiplié sa surface par cinq en 25 ans, ce qui représente une augmentation moyenne de 25% par an !

Alors que faire ? Pour bien répondre à une question de projet, il faut le situer dans le contexte urbain dans lequel il s’inscrit. J’ai donc décidé de créer trois structures professionnelles pour travailler à toutes les échelles de la ville : « Edifice Programme » pour aborder les questions programmatiques, « l’Atelier de la gère » pour les dimensions urbaines », et « l’Atelier d’architecture Bernard Paris et associés » pour l’architecture.

Travailler en permanence sur de petits et grands projets, (depuis la parcelle jusqu’au territoire), au niveau de la programmation architecturale, de l’urbanisme et de l’architecture offre l’avantage de tisser des passerelles entre les différentes échelles et de répondre de la meilleure façon à chacune des questions qui nous étaient posées.                                       

Il faut réorganiser tous les quartiers des villes en les diversifiant et les densifiant. Voilà l’objectif que nous avons mis en œuvre dans tous nos projets urbains pendant plus de 40 ans. Pour illustrer cela, nous avons mis en place des schémas qui montrent les grandes étapes historiques de développement de nos villes depuis leur origine jusqu’à nos jours. Le temps presse ; pour être crédible et efficace, nous devons nous mobiliser avec tous les moyens nécessaires et notamment modifier fondamentalement notre système des valeurs foncières. La tâche est considérable mais indispensable.

Pour atteindre un objectif de développement durable et contrôler l’emprise des espaces urbains, il est nécessaire de modifier quelques-unes des règles actuelles :

_ La première décision à mettre en place est de supprimer toute spéculation foncière. Pour cela, je propose que la valeur de chaque parcelle soit définie à partir du prix du mètre carré de la terre agricole avec une règle d’évolution basée sur l’inflation annuelle. A travers mes missions d’urbaniste et d’architecte conseil de l’Etat, j’ai vu à quel point l’appât financier spéculatif des propriétaires terriens n’a aucune limite, quelles qu’en soient les conséquences sur l’aménagement des territoires. Tant qu’un terrain pourra valoir 10 000 euros s’il n’est pas constructible ou 500 000 euros s’il l’est, on ne pourra pas avoir une gestion maîtrisée du foncier. Je ne suis pas naïf, je sais que la mise en forme de cette règle ne sera pas facile mais elle est incontournable. La référence nourricière de la terre agricole comme garde-fou anti-spéculative me séduit peut-être aussi en raison de l’origine terrienne de mes grands-parents maternels.

_La seconde évolution consiste à développer le schéma que j’ai largement publié dans des articles et le livre que j’ai fait paraître en 2019. Nous sommes passés d’une ville entourée de remparts pendant des millénaires à une ville ouverte qui s’est souvent transformée sans réelle réflexion, sous forme de quartiers mono- fonctionnels industrie, bureaux, logements, éducation, espaces sportifs … Il faut retrouver l’identité géographique et stratégique de chacun de ces quartiers, introduire des fonctions plus diversifiées, les densifier et créer en périphérie de la ville un espace de protection situé entre les limites construites de la ville et les terres agricoles. Ce principe sera évidemment adapté en fonction des contraintes particulières de chaque site pour le mettre en valeur (géographie, vues, histoire…).

_Il faut enfin instaurer des règles d’urbanisme propres à chaque ville, en tenant compte des spécificités géographiques, historiques, sociologiques, … et les inscrire dans une démarche de développement durable, sans oublier d’y intégrer la dimension humaine beaucoup plus fortement qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Nous avons essayé d’inscrire au mieux tous ces éléments dans les projets    urbains que nous avons développés sur le plan national. Sans hésitation, je dirai que le projet de la Duchère à Lyon 2 est celui qui répond au mieux à ces ambitions grâce à la volonté politique et administrative locale et à la continuité des élus(e)s sur tout son temps de réalisation. Sa notoriété au plan national et international en est l’une des preuves. Sa présentation au « congrès international de l’architecture à Tokyo » au Japon en 2012, ainsi que les innombrables visites effectuées sur site par des délégations de dizaines de pays de tous les continents en sont aussi des illustrations.

Ce projet n’est pas exemplaire parce que nous en sommes les concepteurs, mais parce que tous les acteurs impliqués se sont investis dans un travail qualitatif et quantitatif énorme, dans un esprit de cohérence sur le long terme (2002-2022). Le quartier est aujourd’hui plus dense et plus vert qu’à l’origine, il s’inscrit naturellement dans le site magnifique à la géographie retrouvée, desservi par des transports en commun efficaces permettant de rejoindre le centre de Lyon en 20 minutes.  Les écoles ont été reconstruites ou réhabilitées, une halle d’athlétisme classée équipement d’intérêt régional a été construite, un parc de 11 hectares, 5ème parc public de la ville de Lyon, a été aménagé dans le vallon des cerisiers. Le travail sur la géographie a permis d’installer de façon économique tous les garages des nouveaux logements en sous-sol et de retrouver, en plus du parc du vallon, plus de 6 hectares d’espaces verts en pleine terre à l’intérieur des îlots d’habitation construits.  La médiathèque au contact du lycée constitue un nouvel équipement essentiel pour les écoliers, collégiens, étudiants et habitants du quartier.

Les concours d’architectes, pour chacun des projets construits, ont permis de proposer une architecture diversifiée, mais autant que possible sans effet de mode, afin d’obtenir une image globale cohérente, avec un travail sur « la ligne de ciel 3 » en harmonie avec les bâtiments d’origine conservés.

Nous avons, avec la maîtrise d’œuvre publique ou privée, entrepris un travail très important pour structurer les concours d’architectes, avec des objectifs très précis et des équipes de maîtrises d’œuvre les plus compétentes possibles.

Le travail sur la question des matériaux et des couleurs a fait l’objet de débats et de réunions très nombreuses, avec la présence constante sur toute la durée du projet de Bernard Martelet, coloriste de la ville de Lyon. Son décès brutal en 2022 a constitué une perte importante pour la ville de Lyon et le projet de la Duchère. C’était un artiste peintre de grand talent et un coloriste très pertinent dans ses avis, toujours très respectueux des intentions des architectes d’opération. Notre travail commun a toujours été très enrichissant et porteur de qualité.

1_ « Créer c’est se souvenir ». Préface de Paul Chemetov. 2019-Editeur : Les Productions du EFFA.

2_ Projet développé dans le cadre de l’ANRU- Agence Nationale du Renouvellement Urbain. Equipe : Atelier Bernard Paris et associés- Atelier des Paysages- Pascal Gontier Conseil développement durable au niveau de la conception remplacé par Tribu au niveau de la réalisation.

3_ « La ligne de ciel » correspond à la ligne brisée, formée par les bâtiments construits, au contact du ciel. Elle varie en permanence en fonction de l’endroit où l’on se trouve. Elle nécessite un travail spécifique sur le plan de masse qui se fait en trois dimensions à l’aide d’une maquette réelle ou/et numérique.

1_ « Créer c’est se souvenir ». Préface de Paul Chemetov. 2019-Editeur : Les Productions du EFFA.

2_ Projet développé dans le cadre de l’ANRU- Agence Nationale du Renouvellement Urbain. Equipe : Atelier Bernard Paris et associés- Atelier des Paysages- Pascal Gontier Conseil développement durable au niveau de la conception remplacé par Tribu au niveau de la réalisation.

3_ « La ligne de ciel » correspond à la ligne brisée, formée par les bâtiments construits, au contact du ciel. Elle varie en permanence en fonction de l’endroit où l’on se trouve. Elle nécessite un travail spécifique sur le plan de masse qui se fait en trois dimensions à l’aide d’une maquette réelle ou/et numérique.

L’agrandissement de l’agglomération marseillaise dont la superficie a été multipliée par cinq en 25 ans ! Cela nous rappelle que nous urbanisons l’équivalent d’un département français tous les 7 ans !
Le travail que nous devons réaliser pour réorganiser la ville sur elle-même. Le second schéma est issu de travaux de l’institut d’urbanisme.
Le travail que nous devons réaliser pour réorganiser la ville sur elle-même. Le second schéma est issu de travaux de l’institut d’urbanisme.
Ce qui se passe actuellement va à l’opposé de ce qu’il faudrait faire.
Ce qui se passe actuellement va à l’opposé de ce qu’il faudrait faire.
Le travail de transformation que nous avons réalisé sur le quartier de la Duchère en 20 ans : 2001 partie gauche et 2021 partie droite. Sur l’état d’origine, à gauche, les bâtiments démolis sont en rouge, et l’axe Est-Ouest que nous créons en jaune. Sur notre projet à droite, le verdissement du quartier dans l’axe Nord Sud, et le parc de 15 hectares à gauche. La réinstallation de la pente naturelle permettant d’assurer la continuité piétonne et l’installation de garages sous bâtiments sans nécessité de rampes d’accès. Les ilots ont tous faits l’objets de concours d’architectes, ce qui a permis une grande diversité d’images dans le respect des règles que nous avions préalablement définies.
La ville dévore les espaces plantés et la campagne. Ils rejoignent clairement mon argumentaire.
La ville dévore les espaces plantés et la campagne. Ils rejoignent clairement mon argumentaire.

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