Architecture et relations politico-financieres
Les partis politiques ont pendant longtemps, 1975 à 2000, installé une dépendance financière avec les architectes, tant au niveau des affaires publiques que des affaires privées. Dans certains départements, les mêmes collecteurs travaillaient pour les partis de droite et les partis de gauche ! Comme quoi on peut faire fi de ses différences quand il s’agit de « racketter » une profession.1
Bien que contacté de façon insistante, j’ai toujours refusé cette pratique institutionnalisée afin de conserver l’éthique morale qui me semblait indispensable pour accomplir sereinement le travail qui m’était confié. Mon refus n’était évidemment pas sélectif. Il s’adressait aussi bien aux partis politiques dont je me sentais proche que ceux dont j’étais éloigné, c’était pour moi une question de principe. Je ne voulais pas risquer de penser que l’on choisissait mon projet pour ma « fidélité financière » plutôt que pour ses qualités. De plus, quand on commence à accepter ce genre de compromission, on sait où ça commence mais on n’a pas la certitude d’en contrôler la suite ! Après de nombreuses tentatives d’intimidations et de menaces sur les conséquences de ma fermeté, par rapport à ce qui pour beaucoup était un passage obligé, j’ai maintenu ma position, et finalement j’ai survécu à ce fléau.
Je dois dire aussi que mon activité, et notamment mon intérêt pour le sauvetage des bâtiments existants, la dimension urbaine, la programmation architecturale et urbaine, me donnait un statut différent de celui de beaucoup de mes confrères. Cette variété des lieux, des thèmes, brouillait certainement un peu les pistes. De plus, j’étais loin de pouvoir être identifié dans toutes les régions où mon atelier développait des projets. Mon travail à partir de bâtiments existants n’était à l’époque pas courant et donc peu suivi par les partis politiques. Beaucoup de mes confrères le considéraient comme un travail de seconde zone qui n’avait pas l’éclat de la construction neuve. Il était pourtant très varié, permettait de découvrir et de réutiliser des techniques anciennes. Il se révélait aussi très créatif lorsque l’on devait associer aux bâtiments d’origine des parties nouvelles contemporaines. Enfin, la diversité des projets concernés, tant au niveau des lieux, des programmes que des sites, m’a certainement évité la faillite qui m’était promise par les démarcheurs politiques. Ces pressions qui ont duré des années ont, à ma connaissance, aujourd’hui disparu. Espérons que cela dure pour que notre profession puisse s’exercer en toute sérénité pour le bien et la qualité des bâtiments que nous construisons au service de leurs utilisateurs.
Ce texte est par définition difficile à illustrer comme toutes les choses cachées dont on peut parler mais qui ne méritent pas d’être montrées. Enfin si après tout, pourquoi ne pas mettre quelques images puisqu’il suffit de taper billets de banques sur internet pour voir apparaitre de belles liasses avec des billets tout neufs.
On dit que l’argent n’a pas d’odeur mais il a des couleurs !
Un peu d’humour ! Dans les « affaires » on parle couramment de dessous de table ! Comme je n’ai jamais vécu cela je me suis naïvement posé la question de savoir comment cela pouvait se passer concrètement. Il me semble qu’il faut une table haute et très étroite pour pouvoir passer les billets le de la main à la main sous la table sans être obligé de descendre de sa chaise. Parallèlement, il faut de grosses coupures pour limiter le nombre de billets, et vérifier le montant transmis car entre gens qui trichent on ne peut se faire confiance. Enfin pour celui qui reçoit il faut un sac ou une valise car on ne peut sortir dans la rue avec des billets qui dépassent de ses poches sans risquer de se faire attaquer par un autre tricheur. Tout un savoir-faire qui n’est pas à la portée du premier venu ! Peut-être existe-t-il des stages de formation ?
1 J’ai abordé ce sujet plus en détail dans un livre intitulé « Créer c’est se souvenir. Parcours et engagements d’un architecte-urbaniste. Editeur : Les productions du Effa. Paris.
La signature des projets peut prendre des positions et des dimensions différentes. La borne patrimoniale explicative du projet et de l’histoire du château de Malissol et de ses dépendances à Vienne est exceptionnelle, car en plus du nom du maître d’ouvrage et de l’architecte auteur, elle rappelle l’histoire du site.


