Culture et architecture

Culture et architecture

Il est complexe de définir la culture. Ce peut être tant de choses, dans des domaines si différents. Ce que l’on est, ce que l’on sait, ce que l’on crée en font partie mais, ce peut aussi être des connaissances dans un ou des domaines particuliers.

La culture constitue une des sources de nos idées, nos pensées, nos actions. Elle participe de façon importante à former notre personnalité et représente ce que nous sommes. Les atouts que nous donne la vie sont au départ très différents selon notre origine sociale, le lieu où l’on habite, mais dans les sociétés démocratiques rien n’est impossible. On peut être issu d’une origine sociale modeste et parvenir à gravir les échelons en entreprenant de belles études. Pour mon frère et moi qui appartenions à cette catégorie, la volonté de nos parents de nous laisser le choix de notre activité professionnelle a représenté un atout formidable.

Lorsque nous étions enfants, nous n’avions pas de télévision, le seul contact avec l’extérieur était la radio, posée sur une étagère en hauteur car seulement accessible par les parents. Les distractions se réduisaient à quelques jeux dont les osselets 1, les cartes, quelques petites voitures et un peu de lecture quand nous avions des livres. Pas ou peu de voyages, en car ou en train. Les choses ont changé quand nos parents ont pu acheter une voiture qui nous a permis, une fois par an pendant une semaine, de partir à la découverte des régions françaises.

Dès que j’ai choisi mon métier d’architecte, j’ai pris conscience de la nécessité de m’ouvrir au monde. Le développement des moyens de transport m’a offert l’opportunité de visiter de nombreux pays sur tous les continents, en conjuguant culture et architecture.

La lecture m’a happé à l’adolescence. Cette nourriture de l’esprit s’est révélée non seulement utile pour alimenter ma pensée, mes idées, mais elle m’a aussi conduit vers l’écriture. Ce plaisir que j’éprouve aujourd’hui a été gagné de haute lutte, mais reste un exercice difficile.

Au cours de mes études, j’ai en permanence essayé d’enrichir mon temps de travail par des activités complémentaires me permettant de sortir du cadre strict de ma formation. A la cité universitaire d’Antony, j’ai participé au ciné-club très riche grâce à la venue d’auteurs tels que Jean-Luc Godard, puis j’ai adhéré à une troupe de théâtre. En 1969, j’ai organisé et effectué un voyage en Iran pour y étudier l’architecture de terre 2. J’ai aussi participé à de nombreux voyages d’études en France ou à l’étranger, notamment avec les architectes conseils de l’Etat dont j’ai fait partie pendant 20 ans -1993-2013.

Dès le début de mon activité Paul Chemetov m’a proposé d’écrire des articles sur le travail développé à Vienne, dans des revues nationales et le « Moniteur des travaux Publics ». C’est ainsi que peu à peu, j’ai pris conscience que parallèlement aux conférences que faisais régulièrement, cela me permettait de me faire connaître plus largement, et de nourrir l’acte de création.

L’architecture ne peut s’exercer en vase clos, on doit sans cesse faire travailler son imaginaire, s’inspirer de paysages, de villes, de matériaux de tous les pays du monde, et bien sûr, de l’accumulation de notre expérience professionnelle et personnelle à tous niveaux. L’écriture d’un livre 3 en fin d’activité, m’a aussi permis de transmettre les idées que j’ai développé sous forme d’un bilan de mon travail.

un souvenir

Dans ma carrière d’architecte-urbaniste, culture et architecture ont souvent été présentes simultanément , et notamment, quand nous avons travaillé sur des bâtiments classés ou inscrits à l’inventaire des monuments historiques. Les concours, nous ont permis d’aborder des projets d’échelle et de programme très différents. La diversité est source de renouvellement et de culture. C’est pour cela que j’ai répondu pendant toute ma carrière à des centaines de concours, qui ont été source de programmes nouveaux et parfois dans des villes, ou nous n’étions pas encore connus.

En voici un exemple datant des années 1980, mon atelier s’est inscrit à un concours à Marseille qui avait pour but de redonner vie à un bâtiment construit par Pierre Puget architecte et artiste très important du XVIIème siècle proche de Louis XIV. Il a réalisé plusieurs sculptures magnifiques dans les jardins du château de Versailles, mais aussi construit le très bel hôpital de la Charité à Marseille. Grace à notre important travail sur la réhabilitation-restauration de bâtiments anciens classés ou non, nous avons été retenus pour concourir avec trois autres confrères et avons gagné le concours.

Nous avons proposé deux temps d’interventions bien distincts. La restauration avec les matériaux de l’époque, pierre, charpente, couverture en tuile écailles, puis installation de la fonction universitaire en métal et verre complètement démontable afin de pouvoir revenir, si cela était un jour souhaité, au projet initial. Nous avons réalisé le travail de restauration avec des entreprises très expérimentées en retrouvant toutes les références classiques de l’ordre ionique, et de l’entablement supérieur avec taille de chapiteaux et remplacement des colonnes, qui avaient disparues, définition et construction de la charpente couverte avec des tuiles écailles spécialement fabriquées, … La restauration se termine et nous nous apprêtons à développer le mécano métal-verre de la partie contemporaine. A ce moment, le pharmacien situé en face de la halle, monte une association de défense du monument historique que nous venons de réinstaller, et s’oppose à la fonction prévue. Nous sommes à six mois d’élections municipales, Gaston Deferre maire se prépare pour un nouveau mandat. Le pharmacien menace d’alerter tout le quartier de ne pas voter pour lui, si la fonction universitaire se réalise ! Le maire prend peur, et cède. Fin de l’histoire, la fonction universitaire ne se fera pas. La halle sans fonction devient abri pour des personnes démunies. Le sous-sol installé à grands frais est masqué. Pour gérer les salissures de l’occupation sauvage on désinfecte de temps à autre et pour nettoyer la partie basse des colonnes, on barbouille la pierre avec de la peinture de mauvaise qualité. Triste fin de l’histoire !

1 Jeu très ancien composé de trois os de mouton, que l’on lançait sur une table ou sur le sol, et avec lesquels on faisait des figures dont le fameux « i-dos-creux, rappel de mémoire en direction des personnes de mon âge. On le trouve encore sur internet en PVC ou en métal.

2 Voir texte intitulé « Le voyage en Iran ».

3 « Créer c’est se souvenir » Parcours et engagements d’un architecte-urbaniste Préface de Paul Chemetov. Editeur : Les productions du Effa 2019.

Etat et image en 1980 : la halle a été transformée en église puis en commissariat de police.
La dernière photo présente l’une des sculptures de Pierre Puget dans le parc de Versailles représentant Persée et Andromède 1679-1694. Il s’agit d’une copie, l’original est au Louvre
Images de notre projet lors du concours. On voit très clairement l’objectif de déconnecter physiquement l’image historique et la fonction constituée de métal et de verre, une architecture complètement réversible.
Travaux de restauration. Démolition des murs périphériques et maintien des colonnes et chapiteaux restants, taille des chapiteaux disparus et mise en place de l’entablement posé sur les colonnes, pose de la charpente et de la couverture.

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