La création architecturale

La création architecturale

Tout dans notre profession est source de création. J’ai volontairement choisi des projets très différents mais qui préexistaient à notre intervention. Nous les avons complétés de nouvelles fonctions, et chacun à leur échelle, ils proposent de nouvelles images

Beaucoup d’écrits existent sur la création dans les disciplines artistiques, mais très peu sur notre métier. La création constitue pourtant l’essence de notre travail. Il n’y a pas réellement de méthode que l’on puisse enseigner. La capacité créative de chacun de nous résulte de nos expériences personnelles, des enseignements reçus, de nos rencontres, de notre culture … enfin tout ce qui fait ce que nous sommes.

Mes études m’ont évidemment aidé à appréhender cette dimension très particulière de notre métier. On peut citer l’histoire de l’art, le dessin artistique sous toutes ses formes et le modelage, mais aussi l’apprentissage des notions de proportions, de composition, de rythme, sans oublier mes nombreux voyages, professionnels ou personnels, qui m’ont permis de rencontrer d’illustres confrères et de visiter leurs œuvres.

Avant 1968, l’étude des ordres antiques faisait partie de la formation de première année de l’école d’architecture et participait à une forme d’éducation de l’œil et de la main. Il me semble que les très belles images 3D d’aujourd’hui, complétées par des personnages issus de gravures de mode, masquent trop souvent l’absence d’un réel mécanisme de réflexion et de conception. L’enseignement et mes missions d’architecte conseil de l’Etat ont aussi constitué des sources riches d’expériences. Aider à la formulation d’un projet auprès d’un étudiant ou amener un confrère à s’interroger sur son travail en cours, m’ont permis de mieux comprendre le processus de création et d’avancer dans ce moment essentiel de notre travail qui garde bien sûr une part d’inconnu.

Au début de mon activité, j’ai essayé de comprendre comment, quand et pourquoi jaillit tout à coup l’idée forte et souvent fondatrice d’un projet. Je vais tenter d’apporter quelques réponses à cette question. Il me semble d’abord utile de parler du déroulement ordinaire des étapes successives de notre travail.

Quand on est retenu pour concourir, ou sur une commande directe, on connaît les grandes lignes du programme, la ou les fonctions, l’importance des volumes à construire, mais avant toute investigation qualitative du programme, il est essentiel prendre contact avec le site, comme une politesse due à un hôte que l’on rencontre pour la première fois. Durant ce premier contact, tout est à découvrir, puis à inventer. Il faut respirer, sentir, user de tous ses sens, ne pas aller trop vite dans le futur travail mais profiter de l’instant pour faire connaissance avec humilité et bienveillance. Ces moments sont délicieux car détachés des difficultés du projet à venir. L’orientation, la lumière, le vent, la topographie, la végétation, les bâtiments existants … constituent autant d’éléments qu’il faut savoir ressentir, puis plus tard analyser. Cette étape est indispensable pour préparer les phases de réflexion puis de conception.

Il y a quelques années, un confrère m’a informé qu’il réalisait des plans de masse de villes en Chine. Je lui demande alors comment il organise ses déplacements et son temps entre la France et la Chine. A ma grande surprise, il me répond qu’il ne s’est jamais rendu sur place, car il trouve tout ce dont il a besoin sur internet ! La délocalisation n’a-t-elle plus de limites, au point de se détacher de tous ses sens, seulement remplacés par des photos aériennes, fussent-elles de qualité ! Je serai peut-être traité de « has been » par les jeunes générations s’ils lisent mon texte, mais je l’assume.

Pour préciser mon propos, je vais rappeler ce que j’ai écrit dans un livre (1) au sujet de la question de la création architecturale. « L’appréhension d’un site est d’abord sensible, poétique, ce qui nécessite un état réceptif, regarder, écouter, sentir, toucher, entrer dans un dialogue silencieux. S’imprégner d’un site, c’est se confondre avec lui, ressentir sa genèse, sa géographie, sa place dans le paysage et dans le temps. Découvrir un site, c’est intimidant, comme une première rencontre.  Ces moments incertains, ces émotions inattendues que les croquis et les mots vont faire émerger un peu plus tard, font partie des plaisirs de ce métier. Être capable de lire le visible et l’invisible avec tous ses sens, sans urgence, laisser venir, ingérer puis transcrire. Ces moments sont essentiels et précieux. La douceur de l’instant est unique et doit permettre de comprendre l’essence du lieu. Après ce premier contact, l’analyse peut se déployer et prendre en compte tous les éléments sensibles que j’ai cité. L’approche peut-elle être accessible depuis la seule consultation de photos aériennes ? J’ai bien sûr mon avis, mais je laisse chacun de vous répondre à cette question.

Réalisation d’une salle de spectacle à partir de la conservation de la charpente du XIXème siècle, à Chatillon Sur Chalaronne.
Recomposition d’un ensemble nautique après un incendie à St Martin d’Hères.
Création de kiosques sur la place des arènes à Nîmes.
Création de pylônes d’éclairages à l’échelle de la place de Jaude à Clermont-Ferrand.
Création d’une entrée et de nouveaux bâtiments en acier corten dans un lycée à Vienne avec une forte transformation de l’image, notamment en façade Sud, par l’installation de pare-soleils et végétalisation d’une partie importante de l’espace extérieur très vaste.

Start typing and press Enter to search