LA DANSE URBAINE
La danse ne m’habite pas naturellement. Pas d’outils d’écoute de la musique dans mon jeune âge, pas d’envie particulière pour ce domaine peu ou pas enseigné dans les écoles primaires ou secondaires à mon époque, et non pratiqué dans le milieu familial.
En revanche, j’ai découvert la danse contemporaine il y a une trentaine d’années grâce à la Maison de la Danse de Lyon où j’ai pu assister à des spectacles magnifiques de tous horizons géographiques, orchestrés par des chorégraphes de grand talent. La beauté des mouvements corporels associée à une belle musique procure à chaque ballet un vrai plaisir. Les metteurs en scène originaires de tous les continents proposent des créations très variées tant au niveau des décors, de la musique que de la chorégraphie.
Les spectacles de danse contemporaine offrent une nouveauté et une singularité qui nous transportent dans une histoire et un monde. Les émotions se révèlent d’autant plus intenses lorsque l’on se retrouve plongé dans des univers surprenants et insoupçonnés.
Dans les années 1990-2000, j’ai découvert la danse de rue avec Annick Charlot chorégraphe 1, qui a fondé la compagnie « Lieu d’être ». Nous avons ensemble travaillé sur deux spectacles à Vienne. L’un d’entre eux se déroulait dans une usine textile en fonctionnement, au milieu des métiers à tisser, dans la vallée industrielle de la Gère. Des textes philosophiques, notamment de Walt Whitman 2, étaient lus et entrecoupés de séquences de danse exécutées par un duo, entre les métiers à tisser. Avec l’association des habitants du quartier voisin de Saint Martin, la troupe d’Annick Charlot a également organisé un spectacle sur un espace central entre les bâtiments. Quatre danseuses et danseurs, ont évolué comme s’ils volaient ou couraient sur les façades en étant seulement retenus par des câbles très fins, produisant ainsi une image d’une infinie légèreté et d’une grande beauté. Par son travail, Annick Charlot va bien au-delà de la danse. Elle se rend chez les habitants qui le souhaitent, ils font connaissance, elle est parfois hébergée et bien souvent fédère tout un quartier pour une aventure culturelle dans laquelle les habitants s’expriment en tant que citoyens et acteurs à part entière avec leurs droits, leur dignité, leurs rêves. Ils vivent alors un moment unique qui leur permet de transcender pour quelques semaines leur condition sociale. Ces moments d’expression culturelle ont aussi permis, à des familles du centre-ville, de descendre dans ce quartier ouvrier pour un grand moment de culture, d’humanité et de rencontre.
Ces expériences particulières de mon activité peuvent sembler bien éloignées de ce qu’est a priori le travail d’un architecte urbaniste. Je pense pourtant qu’ils sont indispensables pour mieux connaître la société dans laquelle nous vivons et pour laquelle nous travaillons. L’engagement d’Annick Charlot et de sa troupe sont des révélateurs de sentiments, d’aspirations, des attentes des familles dont nous devons construire ou réhabiliter les logements et constituent pour nous de précieuses sources d’informations.
1_Annick Charlot Chorégraphe-danseuse, directrice artistique de la compagnie ACTE avec la volonté de partager la danse, de faire société, de créer une continuité entre l’art et le monde.
2_ Walt Whitman : 1819-1892 : Américain, poète, romancier, directeur de publication. Il est considéré comme l’un des plus grands poètes américains.