LA SUPPRESSION DES BAREMES DE REMUNERATION

LA SUPPRESSION DES BAREMES DE REMUNERATION

La suppression des barèmes de rémunération du métier d’architecte est certainement l’une des plus graves atteintes qu’ait eu à subir notre profession depuis des décennies !

Pendant très longtemps, les barèmes de la MIQCP 1 ont guidé la rémunération de notre travail à partir d’un ensemble de tableaux tenant compte des critères de complexité du projet à réaliser. Pendant 25 ou 30 ans, cette référence permettait aux différents concurrents de prétendre à une rémunération assez proche et ne constituait donc pas, à de rares exceptions, un critère de sélection du candidat ou de la candidate. Aujourd’hui, la disparité des honoraires exigés a tendance à devenir le seul élément du choix opéré par la maîtrise d’ouvrage. On ne choisit plus un projet mais une rémunération, fusse-t-elle ridiculement basse !

Pourquoi de tels écarts dans les demandes financières de notre travail ? L’informatique et la mondialisation en sont les causes principales. L’informatique, parce qu’un projet peut s’effectuer n’importe où dans le monde avec des salaires dix fois moins élevés qu’en Europe. En Chine bien sûr, mais aussi au Vietnam, au Cambodge … De plus, si l’on envoie par informatique le travail produit en fin de journée en Asie, on le reçoit le lendemain matin en France et l’on travaille ainsi pratiquement vingt-quatre heures sur vingt-quatre ! La délocalisation apparaît alors comme un moyen de préserver financièrement nos structures.

Parallèlement, il existe de moins en moins de concours ouverts aux seuls architectes. Les trois ou quatre grands groupes français du BTP_2 sont aujourd’hui souvent mis en concurrence pour les marchés des services de l’Etat. Après appel d’offres, trois ou quatre entreprises sont retenues. Elles mettent alors en compétition quelques équipes d’architectes sur le seul critère du montant des honoraires demandés. On passe ainsi de 10% à 12% de rémunération à 3% à 5% ! Comment survivre face à cette nouvelle rémunération fortement revue à la baisse ? Pour sortir de cette situation, il serait très important que les organisations de notre profession s’emparent de cette question afin de retrouver des honoraires qui soient en capacité de correspondre aux investissements nécessaires, sans être obligé d’expatrier les études qui constituent l’essence même de notre travail !

1_ Mission Interministérielle pour la Qualité des Constructions Publiques.

2_ BTP : Bâtiments et Travaux Publics ; les grands groupes les plus connus sont Eiffage, Bouygues, Vinci.

Je profite de ce texte pour montrer l’image d’un concours auquel nous avons participé et que nous avons gagné en 2000. Il s’agissait de l’installation d’une médiathèque dans un bâtiment classé correspondant à une ancienne abbaye du XVIIème siècle, fondée au Vème siècle. Pour conserver la lisibilité et l’unité du bâtiment d’origine, tout ce que nous construisions était démontable, indépendant des structures existantes et proposaient le maximum de transparence possible. Un an plus tard, suite aux élections municipales, il y eut un changement de l’équipe. Il s’en suivit la suppression du projet et la fin de l’histoire. Situation banale mais difficile à vivre ; la preuve, je l’écris 25 ans plus tard ! Se réalise aujourd’hui à cet endroit une opération de logements à l’initiative d’un promoteur privé. Je ne connais pas le projet mais je ne suis pas très optimiste quant au résultat.

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