LA MARCHE

LA MARCHE

La marche est le premier moyen que nous utilisons pour nous déplacer, celui que nous apprenons spontanément dans notre petite enfance. Nous commençons par rouler sur nous-même, nous asseoir, puis nous lever en recherchant l’équilibre, et enfin faire le premier pas, titubant, à la grande joie de la famille.

Ensuite nous oublions cet apprentissage difficile et sauf accident, nous allons pratiquer la marche naturellement pendant toute notre vie de la même façon que nous parlons, respirons …

On peut marcher pour de multiples raisons ; au quotidien pour nos déplacements personnels ou professionnels, dans le cadre d’activités de loisirs, et également de façon plus épisodique dans un but médical, politique, philosophique, militaire…

Il existe plusieurs types de marches. La marche sportive particulière avec ses déhanchements dont le but est de parcourir dix, vingt ou cinquante kilomètres le plus rapidement possible lors de compétitions, la marche militaire depuis celle au pas jusqu’à ses innombrables variantes pour assurer une parade …

Selon les circonstances, on ne marche pas de la même façon, ni avec le même rythme et la même concentration. Aujourd’hui, le développement d’innombrables moyens de transport limite le temps accordé à cette pratique, pourtant indispensable à l’entretien du corps et de l’esprit, surtout lorsque le poids des années commence à se faire sentir ! « Marche » nous dit notre entourage, notre médecin, le kiné …. Il faut effectivement bouger sans pour autant blesser son corps. La marche reste un moyen idéal de prendre soin de son corps, sans brusquerie et à son rythme.

Il ne faut pas confondre marche et promenade. « Je vais promener », comme on dit dans le sud. On est là davantage dans la représentation qui consiste à se montrer, se rencontrer pour parler ou jouer à la pétanque, ce qui ne relève pas de la même démarche, si j’ose ce jeu de mots.

Quand on y réfléchit, cette action naturelle de l’homme s’avère très complexe, car composée de postures successives de déséquilibres. Cette particularité nous distingue des animaux, même de nos cousins les singes, qui ne se dressent que pour affirmer leur force ou leur supériorité de clan dans des moments de danger ou de colère.

De nombreuses expressions sont construites autour du mot « marche ». Marche ou crève, marche de protestation, marcher à côté de ses pompes, marcher sur des charbons ardents … et pour finir marcher sur l’eau, ce qui n’est pas donné à tout le monde, beaucoup ont essayé mais il n’y a eu que peu d’élus !

Quand je marche seul, je m’installe dans le rythme qui me convient en l’adaptant seulement aux variations de pente et je fais le vide pour n’être encombré par aucune pensée parasite. L’ombre et la lumière fractionnent la progression et établissent une relation dynamique avec ce qui m’entoure. Petit à petit, j’ai la sensation de me fondre dans le paysage, dans sa puissance, sa beauté, sa diversité. Cette émotion plaisante m’accompagne et me donne la force de sublimer ce qui pourrait être une fatigue en une joie intense. J’aime cette phrase d’Yves Paccalet écrivain savoyard, lorsqu’il dit : « La véritable raison qui me fait cheminer n’a de sens qu’en elle-même. Elle s’appelle le plaisir…Je marche par plaisir et j’en profite pour méditer. » Et celle de David Le breton : « La marche est inutile, comme toutes les activités essentielles. » Je fini avec Jean Paul Sartre qui disait « je suis arrivé premier dans un état second ».

Mes plus beaux souvenirs de marches correspondent à des moments de vacances dans le désert 1, en Corse, dans de grandes villes françaises ou étrangères, dans la campagne, en montagne 2, …

Pour terminer, marcher c’est aussi faire « corps » avec la terre, la fouler, la caresser de nos pieds, c’est un échange sensuel de deux épidermes qui rentrent en contact et se quittent pour se retrouver dans un mouvement à la fois simple et complexe. C’est une manière douce de remercier notre petite planète qui continue à nous accueillir et nous supporte, alors que nous lui faisons tant de mal !

1 _Voir texte : Le désert.

2_ Voir texte : La montagne.

Marcher en Corse est un souvenir de plénitude et de beauté. On foule des chemins millénaires.
On rencontre des architectures très anciennes.
Des ponts nous rappellent le concept de l’arc
Les chemins sont souvent physiques et le paysage tutélaire !

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