La porte de l’an 2000

La porte de l’an 2000

A la fin de l’année 1999, la ministre de la culture Madame Trautman a invité les municipalités qui le souhaitaient à édifier des portes pour fêter l’arrivée de l’an 2000. J’ai proposé à Louis Mermaz, maire de la ville de Vienne, de concevoir un projet marquant le changement de millénaire. Ce fut le plus petit projet que j’ai réalisé, mais aussi pendant sa courte vie, certainement le plus densément visité. 

J’ai considéré que cet événement justifiait la présence d’un élément symbolique qui permettrait à chaque citoyen de la ville de franchir physiquement, seul ou en famille, ce cap que peu d’individus ont l’occasion de vivre. Depuis le début de l’ère chrétienne, il n’y a eu que l’an 1000 et celui, récent, de l’an 2000 ! J’ai donc soumis mon idée au maire qui a immédiatement donné son accord à condition que cela ne coûte rien à la ville. Je bénéficierais en revanche de l’appui des services techniques pour la mise en œuvre.

Je me suis alors mis à l’ouvrage et j’ai rapidement pensé qu’il fallait matérialiser ce changement de millénaire par un seuil construit, d’où l’idée d’une porte à l’échelle d’un espace public à choisir. Après un échange avec les services techniques de la ville sur leur équipement en tubes d’échafaudages et leur capacité d’éclairage, j’ai esquissé un dessin de porte composée de cubes tubulaires superposés de 1,80 mètres de côté. J’ai choisi le bas du cours Romestang pour la pose, lieu de toutes les confluences piétonnes en vision direct de la gare, à côté de parcs de stationnement et au contact de commerces très vivants de la centralité de la ville historique.

Il fallait enfin, en plus du symbole de la porte, trouver une raison d’attraction qui mobilise toutes les générations des familles de la ville. J’ai alors pensé aux enfants et à leurs capacités créatives de dessin. J’ai appelé l’inspecteur d’académie qui a transmis le message auprès des groupes scolaires. 28 ont répondu à l’appel pour produire des panneaux de 1.80 mètres au carré, installés sur toutes les faces visibles de la porte. Les enfants, fiers de ce travail collectif exposé dans un lieu urbain emblématique de la ville, ont évidemment entraîné leur famille dans une ou plusieurs visites.

Le passage du seuil sous la Porte de l’An 2000 a été l’occasion de toutes les attitudes, volontaire, timide, enthousiaste, fantasque…  Comme prévu, après 2 ou 3 mois, l’ensemble a été démonté et les dessins rendus à chaque école.

Profiter de ce moment très particulier de l’Histoire autour d’un événement festif a permis à chacun d’y prendre part sans distinction de classe ou de statut. Chaque habitant a également pu éprouver un sentiment d’appartenance citoyenne dans une action collective. Je suis persuadé que ce genre de projet, marginal par rapport à notre production classique, fait partie de notre rôle urbain, social et intellectuel. C’est pour cette raison que j’en garde un souvenir fort et ému.

Il me reste maintenant à me préparer pour imaginer une nouvelle idée pour le passage au quatrième millénaire !

Montage de la structure
Image finale en extrémité du cours central de la ville
Image finale en extrémité du cours central de la ville
Image finale en extrémité du cours central de la ville

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