Les prisons
J’ai plusieurs fois été sollicité pour répondre à des concours pour bâtir de nouvelles prisons, mais je n’ai pas donné suite. La raison de ce refus ne relève pas d’une position de principe, je considère ce sujet très important, mais plutôt du constat que la somme des contraintes ne permet pas de faire évoluer un système carcéral figé qui n’accepte aucune remise en cause. Mon autre argument dénonce la présence systématique des grands groupes du BTP dans les appels d’offres. Ils disposent de projets dits « modèles » prédéfinis qui seront simplement adaptés sur des détails. Ce ne peut être le moyen de répondre correctement à la question de privation de liberté de nos concitoyennes et concitoyens.
Ce sujet épineux mérite mieux que des projets que l’on peut reproduire quelle que soit la région ou le site géographique. Les « modèles » ont rarement permis de déboucher sur de bonnes solutions en matière d’implantation ou d’adaptation au site, et cela est d’autant plus vrai concernant les prisons. Il faut aussi s’interroger sur la finalité de ces projets qui consistent à enfermer des femmes et des hommes, parfois pendant des décennies, dans des « cellules » qui ne peuvent être réduites à des tiroirs de rangements en dépit des contraintes de programmes et des délits que ces personnes ont pu commettre.
Il est par ailleurs assez curieux que l’unité d’habitation du logement ou de la pièce d’emprisonnement ait hérité du vocable de « cellule » ! Ce sont certes des « unités de base » comme nous l’indique le dictionnaire, mais nous passons dans nos logements une partie très importante de nos vies et de ce point de vue, le terme de cellule est très réducteur tant pour le logement que pour la prison.
Le logement représente pour moi et je l’espère pour toutes et tous les architectes, un sujet fondamental qualitativement et quantitativement. Celui des prisons l’est tout autant. Leur surpopulation exponentielle et quasi systématique depuis des décennies est l’un des signes de l’indifférence que l’on porte à ce sujet. Peut-on imaginer que dans un logement, on puisse entasser dix, quinze ou vingt personnes, dans une, deux ou trois pièces ? Cela ne serait ni acceptable ni accepté, alors que l’on ne s’en émeut pas dans les prisons. On se contente de savoir qu’il manque des quantités de places de façon récurrente et certains pensent peut-être que cela aussi fait partie de la peine !
On en parle de temps en temps dans les journaux 1, notamment lors de « faits divers tragiques ». On dénonce alors cette situation scandaleuse pendant quelques jours, mais rien ne change et on continue de la dissimuler, comme la poussière sous le tapis.
Espérons un sursaut sur cette question des prisons comme sur d’autres, car les humains que nous sommes ne peuvent être traité en catégories de première ou de seconde zone, quels que soient leurs histoires et leurs erreurs.
Honte à ceux qui sont responsables de cette situation et qui n’ont rien fait pour la corriger.
1_ Je lis dans Le Dauphiné Libéré daté du 29 juin 2024 l’article suivant :