LOGEMENTS POUR PERSONNES PORTEUSES D’UN HANDICAP LEGER
Après avoir sauvé beaucoup de bâtiments voués à la démolition et les avoir transformés en logements sociaux locatifs, bureaux ou activités, j’ai pris conscience, dans les années 1985, que les règlementations en place ne permettaient pas de loger de jeunes adultes souffrant de handicaps intellectuels légers, moteurs ou les deux simultanément. Ils étaient systématiquement placés dans des structures publiques ou privées alors que certains étaient parfaitement en mesure de pouvoir habiter de façon autonome.
Après contact avec plusieurs maîtres d’ouvrages sociaux, l’un deux, « la Logirel » à Lyon aujourd’hui filiale « d’Erilia », accepta de m’accompagner dans la démarche d’œuvrer pour ce public spécifique, chacun prenant sa part de risque sur les investissements à produire en amont. L’objectif financier n’était pas simple à tenir car nous devions nous inscrire dans la part d’allocation attribuée pour chaque personne handicapée après déduction de tous les autres frais du quotidien, nourriture, vêtements, chauffage, déplacements … Ce qui restait était inférieur à la moitié d’un loyer de logement social type studio ou deux pièces ! Cela nécessitait de réduire l’ensemble des dépenses de construction de façon drastique. Après quelques séances de « brainstorming », nous avons inventorié toutes les solutions possibles permettant de résoudre l’impasse financière. Nous nous sommes d’abord attelés au problème du foncier, car les personnes concernées porteuses de handicaps moteurs légers ne pouvaient marcher longtemps. Il fallait donc se situer à proximité d’une bouche de métro, ce qui renchérissait le coût du sol. Comment trouver un foncier gratuit ? Nous avons sollicité le maître d’ouvrage pour dénicher des mètres carrés restant à construire sur l’une de ses opérations proches du métro. Nous n’avions besoin que de 400 m2 environ pour créer 10 logements studios ou deux pièces. Un terrain a été identifié et a pu servir de test pour une première opération.
Être dispensé d’acheter le terrain constituait bien sûr une sérieuse économie. Malgré cela, pour rentrer dans le budget alloué, nous devions enlever tout ce qui n’était pas indispensable dans la construction au niveau du gros œuvre et du second œuvre : ouvrage léger pour limiter les fondations, utilisation du bois pour la structure et les planchers et limitation des équipements secondaires sans nuire à l’habitabilité des logements. Nous étions dans le périmètre d’un monument classé et devions donc obtenir l’accord de l’architecte des bâtiments de France pour le permis de construire. Cela a pris un peu de temps car il a souhaité que l’on rajoute des moulures ou décrochements ici et là, mais en l’aidant à considérer que la simplicité n’est pas forcement ennemi de la beauté, il a finalement accepté l’image du bâtiment que nous avions dessiné. Les logements développés sur un rez-de-chaussée et deux étages ont pu se construire.
Je garde de cette aventure un très beau souvenir, celui de la présentation des logements attribués aux jeunes locataires et la remise de leur clé. Que d’émotion et de larmes de bonheur en voyant pour la première fois leur nom inscrit sur la porte de leur logement !
Mon seul regret est qu’à ma connaissance, cette expérience ne se soit pas renouvelée. C’est bien dommage car après avoir géré tous les obstacles, nous aurions été beaucoup plus efficaces sur les suivantes et donc en mesure de trouver lus rapidement un équilibre financier. Mais faire sortir toutes les administrations concernées de leurs habitudes a semblé au-delà de leur capacité !
Consœurs et confrères, voilà un beau sujet humain, social et architectural à prolonger. Je vous y engage car en fin de parcours, vous aurez comme nous la récompense de sourires illuminés.