MON CHAUFFEUR
MON CHAUFFEUR ET LES RENCONTRES DE NOS CONCITOYENS
Au cours de mon activité professionnelle, je me suis aperçu que mes déplacements en voiture devenaient chronophages. J’utilisais autant que possible les transports en commun, le train, l’avion si nécessaire, mais le temps passé derrière mon volant ne cessait d’augmenter ! Ce n’était pas sans risque compte tenu de l’importance de mon temps de travail journalier, avec des départs très tôt, des retours tardifs sur des distances aller-retour allant de 300 à 700 kilomètres dans la journée.
Après réflexion, j’ai décidé d’embaucher un chauffeur occasionnel. J’ai donc demandé à mon secrétariat de se mettre en recherche d’une personne qui accepterait de travailler en fonction de mes besoins. Elle trouva assez rapidement un jeune homme d’un peu plus de vingt ans qui avait déjà eu un emploi similaire. Nous avons convenu d’un rendez-vous à mon atelier. Il s’est présenté en costume noir, chemise blanche et cravate noire, il ne manquait plus que la casquette ! Je lui ai dit qu’il pouvait s’habiller de façon plus simple et plus confortable, mais il m’a répondu qu’il désirait conserver cette image qui correspondait à sa fonction. Je ne l’ai vu qu’une fois dans une tenue d’intérieur, le jour où je suis allé chez lui, car il souhaitait que je fasse connaissance avec son épouse et leur enfant en bas âge. Dans nos déplacements, j’interrompais mon travail de temps en temps et je parlai de choses et d’autres avec lui. Il s’intéressait à des sujets très variés. J’ai alors pensé que nous pourrions le former pour l’intégrer à notre équipe mais il tenait à son indépendance et n’aspirait pas à devenir salarié. Cette embauche partielle d’un chauffeur s’inscrivait certes dans un objectif de récupération de temps et de sécurité, mais elle a aussi permis une rencontre humaine que je n’aurais sans doute pas faite par hasard dans la rue.
J’ai, avec la même valeur ajoutée, rencontré de nombreux habitantes et habitants au cours de notre travail de réhabilitation de logements sociaux. J’ai beaucoup appris à leur contact, sur leurs attentes et leur façon d’habiter l’espace de leur logement. Les femmes notamment, beaucoup plus présentes dans les réunions de travail, nous ont conduits à faire évoluer certains détails de l’aménagement des cuisines et des salles de bain dont elles ont souvent la charge. Cela a peu à peu constitué une source d’informations et de découvertes qui nous ont permis d’affiner la conception de certains espaces, d’apporter des inflexions voire des modifications, dans l’appréhension des programmes qui nous étaient confiés. Mon origine sociale très modeste n’est certainement pas étrangère à ma volonté de discussion, de partage et de recherche des richesses de chacune et chacun d’entre nous.
Pour conclure ce texte, je dirais que l’un des privilèges de notre métier à toutes ses échelles, c’est la multitude de rencontres que nous sommes amenés à avoir. Mon chauffeur en a fait partie et je lui suis très reconnaissant des messages directs ou subliminaux qu’il m’a fait passer lors de nos échanges.