LA FIN DE VIE
Voilà un sujet d’actualité, certes délicat, mais qui aurait dû venir en débat bien plus tôt, compte tenu de l’attente de beaucoup de nos compatriotes atteints de maladies incurables et qui, s’ils souhaitent abréger leurs souffrances, n’ont pas les moyens d’aller en Suisse ou en Belgique, où cela se pratique depuis longtemps. Pourquoi notre pays en avance sur certains sujets a-t-il pris autant de retard par rapport à d’autres pays européens ?
La démarche de mettre fin à ses jours doit être prise en conscience et bien sûr s’effectuer dans un cadre règlementaire rigoureux. Les directives anticipées sont une première étape, mais on ne sait pas si le moment venu, nous aurons la capacité de confirmer notre décision. Aujourd’hui, force est de constater que si l’on est hospitalisé, notre sort va fortement dépendre de l’avis que peut avoir un chef de service, ou de l’occupation des lits, ce qui n’est évidemment pas acceptable.
Chacun de nous sait qu’il va mourir un jour, l’immortalité que nous promettent les scientifiques n’est pas encore d’actualité et c’est heureux. J’ai lu récemment que la durée moyenne de la vie des hommes en France est actuellement de 79,1 ans ! Je m’en suis ému car j’ai dépassé cet âge, et tant que l’essentiel fonctionne convenablement on ne se pose pas ce genre de question, même si l’on sait pertinemment que ça arrivera un jour. Il y a quelques mois, en mettant un peu d’ordre dans mes papiers de santé, je vois que mon cardiologue me demandait de le consulter de nouveau trois ans après ma dernière visite. J’avais dépassé cette date depuis six mois. Il s’avérait alors raisonnable de prendre un rendez-vous, d’autant plus que les délais d’attente s’allongent considérablement. Je prends donc mon téléphone et appelle le secrétariat. Avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, la secrétaire m’avertit : « Monsieur, monsieur, je vous préviens, nous avons vingt mois d’attente ! » Je fais un rapide calcul dans ma tête et me rends compte que dans vingt mois, j’aurais largement dépassé les 79,1 ans ! Je lui rétorque donc que compte-tenu de cette échéance, j’aurais franchi le cap de mon espérance de vie et je raccroche. Dix minutes plus tard, le téléphone sonne, c’est à nouveau la secrétaire du cardiologue qui m’annonce avec soulagement qu’elle vient d’enregistrer un désistement et me propose un rendez-vous le jour-même à 14 heures ! Mon humour un peu décalé m’avait fait passer d’un délai de vingt mois à deux heures ! Notre monde est fou et l’humour ne peut hélas pas tout résoudre. Les décennies à venir seront certainement compliquées, sans que l’on ne se pose jamais la question des responsables de cette situation. Car qu’il y a-t-il de plus simple à prévoir que l’évolution des besoins médicaux en fonction de la population actuelle, de sa progression et sa répartition sur le territoire ? Pas de responsable, pas de coupable !
La vie est une aventure formidable et chacun de nous doit apprécier l’instant présent tout en sachant qu’un jour, adviendra inéluctablement la fin de notre parcours terrestre. Malheureusement, nous savons toutes et tous qu’en dehors de la mort brutale, la dernière partie de la vie est souvent la plus critique. Il nous reste donc à aboutir clairement la question du choix exprimé par oral et écrit afin que notre existence ne s’achève pas dans de vaines souffrances, mais qu’elle demeure jusqu’au bout une manifestation de notre liberté d’Humain, empreint de respect et de dignité.
Je fonde l’espoir que nos législateurs sauront entendre les vœux de leurs concitoyens qui manifestent, à une très large majorité, la possibilité d’avoir si nécessaire, recours au suicide assisté ou à l’euthanasie.