LES TRACES DE L’HISTOIRE
Les interventions en milieu urbain, ou plus rarement dans les campagnes, peuvent être porteuses de découvertes d’occupations anciennes. Selon l’importance et la qualité des vestiges mis à jour et s’ils ne sont pas clandestinement détruits, cela peut conduire à un arrêt de chantier pour procéder à une campagne de fouilles, qui sera d’autant plus importante que les découvertes sont riches en informations et en matériel. Après les investigations, les relevés graphiques, photographiques et éventuelles déposes pour restauration et exposition dans un musée, le chantier peut alors reprendre sous le contrôle des services archéologiques. Dans certains cas, le projet de construction prévu est déplacé, voire annulé. C’est ce qui s’est passé pour le lycée de Saint -Romain-en-Gal du district de Vienne à la fin des années 1980. L’importance des vestiges découverts au moment des fouilles préliminaires a contraint au déplacement du lycée pour conserver les vestiges et construire le musée archéologique. A l’époque, cela a occasionné un bras de fer qui a défrayé la chronique pendant des mois entre le ministère de l’Education Nationale et le ministère des Affaires Culturelles. Les retards pris pour la construction du lycée ont généré des polémiques ouvertes. Aujourd’hui, le musée et le lycée séparés par quelques centaines de mètres ont chacun leur place, et l’enseignement et la culture cohabitent en bonne intelligence. Suite à ces évènements très tumultueux et au retentissement national, chaque intervention programmée sur l’ensemble du périmètre des deux rives du Rhône est précédée d’une campagne de fouilles. On tient maintenant compte de la superposition des strates de l’histoire et les relations se sont apaisées. Dans certains cas, les restes de fondations anciennes ont été utilisées pour créer l’assise de nouveaux bâtiments. Selon leur emplacement, il peut arriver que les vestiges découverts, puis restaurés, soient réinstallés dans le nouveau projet, ce qui permet d’en conserver la mémoire et la vue.
Dans les très nombreuses interventions que nous avons réalisées en milieu urbain historique, nous avons souvent été confrontés à cette question. Nous avons toujours pris l’option de conserver tout ce qu’il était possible de mettre en valeur, au contact d’éléments nouveaux, tout en exprimant clairement les parties construites de façon contemporaine. Depuis le projet du « front de Gère » à Vienne en 1980-1985, récompensé par un prix national, jusqu’à la Direction Départementale de l’Equipement à Bourg en Bresse (1), installée dans le couvent de la Visitation datant du XVIIIème siècle dans les années, nous avons toujours choisi d’exprimer la ville qui se renouvelle sur elle-même.
Mon atelier a ainsi sauvé de la démolition beaucoup de bâtiments existants. On restaure d’anciennes structures, on crée des extensions, cela permet à la ville de s’enrichir de son histoire et de s’inscrire dans le mouvement naturel de transformations nécessaires pour répondre à l’évolution des besoins. Il n’y a ainsi pas d’opposition entre passé et futur, mais une continuité dans l’action de transformation de la ville.
1_ Projet réalisé dans et autour du couvent de la Visitation datant du XVIIIème siècle.