MAI 1968 SURSAUT DEMOCRATIQUE OU EXPRESSION SANS IMPORTANCE DE QUELQUES EXITES. 

MAI 1968 SURSAUT DEMOCRATIQUE OU EXPRESSION SANS IMPORTANCE DE QUELQUES EXITES. 

Beaucoup de ceux qui liront ce texte n’étaient pas nés en 1968 et la plupart des autres ont probablement oublié ces évènements vieux de cinquante-sept ans ! Je souhaite malgré tout écrire ce texte, car je dois énormément à ces quelques semaines pendant lesquelles le pouvoir a vacillé. Sans elles, ma vie aurait été tout autre.

J’étais en deuxième année à l’école d’architecture Boulevard Raspail.  L’enseignement était vieillissant et l’architecture figée dans les modèles très corsetés de l’époque ! En quelques mois, tout a changé. Au début des évènements de mai 1968, un collectif d’élèves a pris possession de l’école, a licencié une partie importante des enseignants et en a engagé de nouveaux, a élaboré des programmes innovants, ouvert le champ d’étude à la dimension urbaine et invité des sociologues dont Henri Lefebvre et Jean Duvignaud. J’allais le soir applaudir Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud au théâtre de l’Odéon pendant des nuits sans fin. J’ai profité de ce temps libre pour concevoir et mûrir l’idée du futur voyage en Iran dans l’objectif d’y étudier l’architecture de terre. Un monde nouveau s’ouvrait à nous, je l’ai avec beaucoup d’autres saisi à bras le corps pour devenir maître de notre présent et surtout de notre avenir !

Sans les évènements de 1968, je n’aurais pu réaliser le diplôme que j’ai développé en 1971 sur le thème de « Vienne, urbanisme et archéologie », car le sujet aurait certainement été refusé. Paul Virilio (1), mon directeur de mémoire, ne serait pas venu enseigner à l’école et n’aurait pas dirigé l’Ecole Spéciale d’Architecture ! Ce diplôme a été à l’origine de toute mon activité professionnelle, depuis ma rencontre avec Paul Chemetov et notre travail commun pendant sept ans à Bagnolet puis à Vienne. Je n’aurais pas développé mon intention de reconstruire la ville sur elle-même et de conserver, par transfert d’usage, tous les bâtiments industriels qui se libéraient de leurs activités au lieu d’être démolis, alors que leurs structures étaient très souvent belles, solides et tramées, permettant l’accueil de fonctions nouvelles très variées, bureaux, logements, activités sportives, logements, … enfin, tout ce qui compose la ville.

De plus, chaque conservation de bâtiment s’inscrit dans les objectifs de développement durable, car en plus de la conservation de la trace historique, cela permet l’économie de trois énergies successives : celle qui est dépensée pour construire, celle qu’il aurait fallu dépenser pour démolir et enfin reconstruire ! Un chemin simple à décrire aujourd’hui mais qui semblait très à contre-courant dans les années 1970 !

Peut-être faudrait-il régulièrement des répliques de mai 68 afin de redonner un peu d’énergie et d’ambition à nos responsables politiques, trop souvent enfermés dans leur statut d’élu(e) et qui ont souvent pour seule aspiration de se représenter en fin de mandat, ce qui constitue presque toujours un frein à leur action présente.

Souhaitons des « mai 68 » pacifiques à venir, nous en aurions bien besoin.

1- Paul VIRILIO :  1932-2018. Architecte, urbaniste, philosophe, maître verrier. A l’Ecole Spéciale d’Architecture 1987-1997, il fut enseignant, directeur puis administrateur. A fondé avec Claude Parent « l’architecture oblique » ou « fonction oblique » en 1954 dans le cadre du groupe Architecture Principe. Connu sur la technologie, la vitesse, …

PHOTOS : Je n’ai pas de photos car à l’époque les portables n’existaient pas et celles que l’on trouve aujourd’hui sur internet sont payantes. Pour ceux que cela intéresse, tapez « mai 68 » sur votre ordinateur et vous verrez que certains jours au petit matin on pouvait découvrir des images de guerre urbaine assez impressionnantes.

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