RENCONTRE AVEC BUDDY GUY A CHICAGO EN 2011
En 2011, nous sommes partis avec un couple d’amis aux Etats-Unis. Bien sûr, mes confrères et consoeures savent qu’un architecte ne voyage pas sans une envie irrépressible de voir tout ce qui est possible du travail de nos confrères, et les Etats-Unis sont très riches en la matière.
Visite de la côte Est, Washington, Philadelphie, … puis nous avons rejoint en voiture le Sud-Ouest de la Pennsylvanie pour visiter « La Maison sur la cascade », œuvre majeure des années trente de Frank Lloyd Wright.
Pour les architectes de ma génération, cette maison est mythique et constitue une référence très importante de la production architecturale mondiale des années 1940. Je ne fus pas déçu. La symbiose entre le site naturel de la cascade et la maison est magnifique. Les volumes construits suspendus et l’eau forment un tout parfaitement harmonieux ; la maison est là, comme une évidence. Elle semble posée sur l’eau et acquiert ainsi une étrange légèreté. A l’intérieur, le mobilier de l’époque avec ses objets du quotidien est saisissant. On s’attend presque à ce que les occupants ouvrent une porte et poursuivent leur activité de cuisine, d’écriture ou de lecture ! J’ai réalisé quelques photos et croquis pour immortaliser ce souvenir.
Ensuite, nous rejoignons Chicago en avion pour un séjour architectural et touristique. On retrouve dans la banlieue de la ville, l’atelier, la maison et la « Robbie House » de Frank Lloyd Wright. Ce lieu suscite encore de fortes émotions, même si l’absence de mobilier intérieur ne lui confère pas le charme vivant de la Maison sur la cascade. On visite bien sûr les œuvres de Mies Van Der Rohe, les « Epis de maïs « de Bertrand Goldberg que j’avais découverts en cours de chantier en sa présence, en 1967.
Pour se loger, nos amis avaient déniché un endroit type auberge de jeunesse très cosmopolite et superbement bien placé dans le « loop », l’hyper centre de la ville, pour un prix défiant toute concurrence. Le matin, au petit déjeuner, on côtoyait de jeunes touristes, notamment japonaises, qui engageaient spontanément la conversation pour savoir d’où l’on venait, qui l’on était et ce que l’on avait visité. La différence d’âge entre nous ne représentait pas un obstacle et cela créait une ambiance très agréable.
Un soir, à l’auberge, on nous propose une soirée jazz pour trois dollars par personne ! On s’inscrit et une heure plus tard, nous voilà partis avec une quinzaine de client(e)s de l’auberge. Après un quart d’heure de marche, nous pénétrons dans un local tapissé au sol et aux murs de grands carreaux blancs et bleus, évoquant une ancienne épicerie vidée de son contenu. Nous nous asseyons sur de petits bancs ou chaises. Le spectacle commence avec l’intervention d’artistes issus du public qui montent sur scène pour un numéro de chant ou de danse, avant de regagner leur place. Quelques instants après, à notre grand étonnement, Buddy Guy (1) fait son apparition sur la scène et commence à jouer de la guitare et à chanter ! Je suis stupéfait car il est mondialement connu et s’est produit à plusieurs reprises au festival de jazz à Vienne où nous habitons !
A l’entracte, je vais le voir et lui explique l’heureux hasard qui me fait le croiser ici, à des milliers de kilomètres de Vienne où je l’avais déjà applaudi. Cette rencontre l’amuse, il me dédicace le CD que je lui achète, et un peu plus tard, il reprend sa prestation pour une vingtaine de personnes, avec le même enthousiasme que s’il se trouvait devant les milliers de spectateurs des festivals internationaux auxquels il participe chaque année. Parmi les spectateurs, ceux qui ne connaissaient ni son histoire, ni son parcours n’ont rien su de sa célébrité. Une belle histoire d’humilité ou peut-être, un besoin financier impérieux pour survivre ?
1_ Buddy Guy né en 1936 en Louisiane. Guitariste de blues, il a été influencé par John Lee Hooker et Muddy Waters qui le pousseront à émigrer vers Chicago. Il a participé au festival de jazz à Vienne en 2004, 2008 et 2016, ainsi qu’à de nombreux autres festivals dans le monde.
Photo de Budy Guy, prise lors du festival de jazz à Vienne, Marion Tisserand photographe.