LA TERRE, L’AIR ET L’EAU
Ce titre résonne comme une fable animalière de Jean de la Fontaine, mais mon propos ne concerne pas seulement « Le chat, la belette et le petit lapin ». Ce sont toutes les espèces vivantes de notre planète, humaines, animales ou végétales, dont la survie va dépendre du comportement de l’homme.
Nos sociétés vont-elles décider de leur disparition ou de leur survie ? Jared Diamond aborde cette question dans l’un de ses ouvrages, à travers des études comparées depuis les sociétés disparues du passé, jusqu’aux sociétés fragilisées d’aujourd’hui. Tout n’est peut-être pas perdu, mais il faudra pour cela savoir passer de la plateforme de Paris signée en décembre 2015 dans le cadre de ce que l’on appelle la COP7, à des objectifs qualitatifs contraignants, contrôlés, dans un équilibre accepté entre pays industrialisés, principaux responsables des risques encourus, et pays émergents non ou peu pollueurs et les plus touchés par le dérèglement climatique. La récente COP 22 de Marrakech, très décevante, ne va malheureusement pas dans ce sens. Rien n’est gagné, car l’histoire nous rappelle que l’homme est certes capable du meilleur, mais aussi bien souvent du pire, et ce début du XXIème siècle ne fait malheureusement pas exception à la règle. La quasi absence de décisions lors de la COP 24 à Katowice en Pologne est inquiétante.
Nous sommes composés à soixante-quinze pour cent d’eau et l’air nous est vital. Comment imaginer que nous soyons capables de détruire ce qui est indispensable à notre survie ? Nous nous inscrivons certes dans une chaîne millénaire, mais rien n’est acquis. Le double phénomène d’accroissement de la population et de l’augmentation du temps de vie risque de remettre en cause très prochainement les équilibres essentiels sur lesquels il est nécessaire de réfléchir et d’agir.
Alors, quels sont les enjeux fondamentaux en ce qui concerne la terre, l’air et l’eau ?
La terre
Tout au long de son histoire, l’homme s’est battu pour posséder le sol. Au niveau des individus, des tribus, des provinces, des états. Depuis le début du XXème siècle, la mondialisation conduit à une spéculation effrénée.
Aujourd’hui, de grands groupes économiques mondiaux achètent des espaces gigantesques, notamment en Afrique et Amérique du Sud, déforestent, développent des monocultures qui épuisent les sols, puis s’en vont en les laissant pollués et exsangues pour des décennies. L’exploitation des hydrocarbures, gaz de schistes ou minerais, sous leurs différentes formes, pollue les sols, l’air et l’eau. La spéculation désorganise les villes, délocalise les lieux de production vers des pays lointains où les salaires sont dix ou vingt fois moins élevés que dans les pays développés.
Toutes ces actions cumulées participent à un pillage et un saccage économique, spatial et social de notre planète et de nos sociétés, dont on imagine l’issue si nous ne sommes pas en capacité de réagir. Il faut pour cela se rappeler que la terre ne nous appartient pas. Nous sommes ses hôtes, et devons en respecter les équilibres qui permettent notre présence mystérieuse dans le système solaire perdu dans l’univers dont on ne sait que peu de choses, malgré les progrès d’investigation très importants depuis un siècle.
L’air
C’est le plus volatile, le moins visible. Il enveloppe la terre et constitue l’atmosphère qui prend des formes physiques variables. Les nuages, la pluie, la neige, la grêle, la rosée du matin, le brouillard, … Il nous est indispensable pour ventiler nos poumons. La pollution de l’air produite par l’activité humaine est aujourd’hui très importante dans les grandes villes de tous les pays du monde, et de nombreuses maladies graves se développent. Les métropoles chinoises sont très atteintes, mais la pollution est aussi très présente dans nos grandes agglomérations européennes et françaises. Cette réflexion n’est malheureusement pas alarmiste. Elle décrit l’évolution d’une situation qui s’est fortement dégradée depuis un siècle. Si nous voulons conserver une terre vivable, il faut absolument que nous ayons conscience de la nécessité de conserver ses équilibres, car c’est elle qui nous abrite, nous rythme, nous nourrit, nous abreuve, et nous permet de vivre.
Il faut pour cela admettre que ces biens vitaux sont communs et doivent être gérés comme tels, pour le bien et la survie de l’humanité. C’est en ce sens que la plateforme mondiale signée à Paris le 15 décembre 2015 constitue l’espoir d’un regard nouveau sur notre destin commun, même si le contenu, les objectifs et engagements restent à construire.
L’eau
Nos corps en sont composés à 75% et chaque jour nous avons besoin d’une quantité d’eau indispensable à la régénération de nos tissus. L’élévation de la température assèche les nappes, la pollution les souille, l’élévation des océans va rendre inculte des surfaces considérables, une partie importante de la population mondiale manque d’eau potable, et conduira demain encore davantage à des exodes, avec tous les risques de désordres qui en découlent.
Dans nos pays développés, l’eau se privatise et pourra faire un jour l’objet de spéculations importantes qui entraînera des difficultés accrues pour les pays les plus arides et les plus pauvres. Tout cela va très vite. Si j’avais dit il y a soixante ans à mon grand-père paysan-maçon qu’un jour, il faudrait acheter l’eau pour qu’elle soit buvable, il m’aurait rabroué en me disant dans son patois dauphinois : « Légue que je bève vin de ma sorce y sara tojo come y tian »
- Ce texte fait partie du livre que j’ai écrit en 2012 : « Créer c’est se souvenir. » Parcours et engagements d’un architecte- urbaniste. Préface de Paul Chemetov- Editeur Les Productions du EFFA.
Ces photos nous rappellent la beauté de notre petite planète mais aussi sa fragilité. Il est indispensable que la question du réchauffement climatique soit prise en compte aux bons niveaux, ce qui n’est malheureusement pas le cas pour l’instant. Si l’on pouvait mobiliser tout l’argent dépensé dans les guerres actuelles pour assurer les conditions d’une stabilité des températures sur la planète, alors peut-être, pourrions-nous léguer une planète habitable à nos descendances !