LA QUESTION DE LA DEMOLITION DE BATIMENTS DANS LES PROJETS URBAINS

LA QUESTION DE LA DEMOLITION DE BATIMENTS DANS LES PROJETS URBAINS

Cette question très sensible de la démolition dans les projets urbains ne doit jamais être posée comme élément de programme. J’ai beaucoup réagi, écrit et lutté contre cet a priori systématique dans les projets ANRU (1) que nous avons développés et dans mes missions « d’architecte Conseil de l’Etat » dans le département du Nord (2002-2015). J’ai également abordé ce sujet dans plusieurs articles et j’ai eu l’occasion d’en parler de vive voix en 2003 avec Jean Louis Borloo, alors président de l’ANRU et ministre de la ville et de la cohésion urbaine.

Il y a bien sûr lieu de démolir quand les bâtiments d’origine révèlent des signes d’usure, de sérieuses faiblesses techniques ou quand ils constituent des obstacles majeurs au désenclavement du quartier dans lesquels ils se situent. C’est pour ces raisons que nous avons choisi de démolir quatre bâtiments sur le quartier de la Duchère à Lyon :

« La barre des mille », composée de trois bâtiments dont l’expertise technique a révélé une usure et une fragilité structurelle importante, pouvait à terme engager leur stabilité. De plus, elle représentait une barrière physique de 500 mètres de long et 50 mètres de haut et coupait le quartier du « vallon des cerisiers » qui était alors une zone de non-droit où se livraient tous les trafics, mais que nous voulions ouvrir sur le quartier et transformer en un parc urbain de 11 hectares. Enfin, la démolition sur le quartier était motivée par la commande politique qui nous demandait de passer de 82% de logements sociaux à 58% et de proposer une diversité sociale et financière (locatif, accession sociale, accession libre). Cela ne pouvait se faire sans trouver des espaces pour construire de nouveaux logements en accession sociale ou accession libre.

Le quatrième bâtiment, proche du lycée, a été démoli pour faire passer la voie de désenclavement Est-Ouest permettant d’ouvrir le quartier sur la commune d’Ecully, bassin d’emplois des familles de la Duchère, et installer une continuité de desserte de transport en commun, qui était jusqu’alors en cul de sac. Ainsi, la Duchère pouvait s’inscrire dans un parcours de transport urbain efficace et se retrouver à 15 ou 20 minutes du centre de Lyon.

Ces démolitions, ajoutés à la réinstallation de la topographie d’origine, ont aussi permis de construire des garages sous tous les bâtiments nouveaux sans nécessiter de rampes d’accès et de conserver l’intérieur des îlots reconstruits en pleine terre en prolongement du parc du vallon. Ces espaces végétaux constituent des îlots de fraîcheur et proposent des espaces récréatifs. Dans chaque parcelle, une surface de jardinage a été développée avec l’assistance d’une association de formateurs mandatés par le maître d’ouvrage de la ZAC pour l’apprentissage et la gestion des espaces jardinés et de potagers. Cette fonction est facilitée par la présence de locaux de rangement dans chacune des parcelles en rez-de-chaussée de bâtiments et s’ouvrant directement sur l’espace résidentiel. Ces îlots plantés s‘ajoutent à l’aménagement du parc du vallon de onze hectares (cinquième parc de la ville de Lyon) et amènent la végétation en pleine terre jusqu’au cœur du quartier.

Je reviens sur la question de la démolition pour rappeler qu’elle est dévoreuse d’énergie et coûte de plus en plus cher compte tenu, notamment, de l’évolution des règles de désamiantage. Pour être concret, la démolition des quatre barres identiques s’est étalée sur presque 10 ans et son coût a varié de 1 à 10. Cette solution doit donc être regardée avec toute l’attention nécessaire et seulement utilisée si elle est impérative. Elle doit aussi bénéficier d’un accompagnement social et humain très qualitatif car quelles que soient les précautions prises, la démolition d’un bâtiment représente toujours un traumatisme pour les habitants (2).

Je rappelle enfin que le sauvetage par mon atelier d’une centaine de bâtiments de la démolition (1977-2020) plaide en notre faveur pour aborder cette question délicate de la démolition trop souvent mal traitée.

1_ANRU : Agence Nationale de Renouvellement Urbain.

2_ Histoire d’un déménagement.

Sur le quartier de la Duchère, les deux techniques de démolition ont été utilisées. 1, 2, le « grignotage », à l’aide d’une grue en capacité de lever sa flèche à plus de 50 m de hauteur, un travail qui va durer plusieurs mois.
L’implosion qui ne dure que quelques secondes mais qui impose au préalable le désamiantage et l’enlèvement d’une partie du second œuvre.
Au moment de l’implosion, pour des raisons de sécurité, les habitants des bâtiments voisins doivent évacuer. Il faut donc les héberger, profiter de ce temps pour leur rappeler les objectifs du projet en installant la maquette et les nourrir pendant une journée. Dans ces deux solutions techniques, le temps global d’intervention de la démolition est à peu près identique car après l’implosion,

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