LE DESSIN INFORMATIQUE VERSUS LE DESSIN A LA MAIN

LE DESSIN INFORMATIQUE VERSUS LE DESSIN A LA MAIN

Ma formation a accordé une place prépondérante au dessin à la main, qu’il soit industriel, artistique ou calligraphique. Bien que j’aie vécu une large partie de mon activité professionnelle sans l’outil informatique, j’ai introduit l’ordinateur à l’atelier dès que possible, mais sans me former moi-même.

J’avais environ cinquante ans et je tenais à conserver l’indépendance de mon regard comme celle graphique de conception des projets et ne pas me retrouver dans un système de concurrence avec des salariés bien plus jeunes et habiles que moi. Je ne voulais pas non plus que le temps d’apprentissage nécessaire et pour lequel je n’avais pas d’envie me fasse perdre le contrôle de l’essence des projets. Ainsi fut fait et a posteriori, je peux dire que c’était la bonne décision. Combien de fois me suis-je retrouvé devant des plans parfaitement dessinés, mais avec toutes les banalités des schémas proposés par l’outil plutôt que la réflexion de l’architecte !

C’est un sujet qui, trente ans plus tard, peut paraître complètement décalé. Pourtant, je procéderais aujourd’hui de la même façon. Rien ne peut rivaliser avec les capacités naturelles de nos mains. Je fais ici référence au merveilleux livre de « La main qui pense »1 qui a parfaitement analysé cette question. Je ne suis pas contre le progrès que peut apporter la technique et tout ce qui en découle, mais dans chaque étape de ce que l’on appelle le progrès, l’homme doit se donner les moyens de garder pour lui- même, tout le contrôle et la maîtrise des décisions qu’il prend.

Le dessin à la main, concerne bien sûr la découverte des sites de notre travail quotidien, sous forme de croquis qui permettent de mettre en place, ce qui semble constituer les lignes fondatrices d’un futur projet. Ce sont aussi les croquis de voyage professionnels ou familiaux, quand on peut facilement « se poser » pour « croquer » dès qu’on en ressent l’intérêt ou le besoin. Il suffit d‘un carnet et d’un crayon. C’est une autre façon de fixer des impressions, des instants, des détails, de « lire » l’espace public, ou de conserver la mémoire d’un tableau ou d’une sculpture. C’est d’ailleurs aussi parfois l’occasion de rencontres, notamment dans les musées. Il m’est arrivé de donner à un enfant curieux de me voir dessiner une feuille de mon carnet et un crayon pour lui proposer à son tour, de traduire dans un dessin ce qu’il ressentait d’une sculpture. Il faut bien sûr pour cela, ne pas être dans un musée international ou tout le monde se bouscule. Pour terminer le travail, quand les conditions ne sont pas favorables, je double mon esquisse par une photo, ce qui me permet plus tard, de terminer le ou les croquis. La période de la COVID, nous a malheureusement longuement éloignée des lieux publics, et cela a créé une coupure dans cette activité que je suis bien décidé à réinstaller dès que possible, quand l’importance du nombre  de visiteurs le permet.   

  1. La main qui pense : Juhani Pallasmaa- Etienne Schelstraete_ Acte Sud.

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