VACANCES ET CULTURE ARCHITECTURALE ET URBAINE

VACANCES ET CULTURE ARCHITECTURALE ET URBAINE

Je connais des familles chez lesquelles vacances et culture paraissent incompatibles. Associer les deux, peut effectivement s’avérer plus compliqué à des périodes particulières de la vie, notamment quand on a des enfants en très bas âge et qu’il est difficile d’ajouter l’itinérance ou des visites culturelles à la somme des contraintes du moment. Mais hormis ces situations, j’ai toujours essayé d’associer les vacances à la possibilité de reposer le corps et de nourrir l’esprit.

Mes parents nous ont montré l’exemple en nous faisant découvrir la France quand ils ont pu acheter une petite voiture dans les années 1960. Ce fut certainement pour moi le début d’une envie irrésistible de parcourir le monde. Plus tard, ma formation d’architecte a constitué une motivation supplémentaire de voyage pour découvrir les œuvres de mes aîné(e)s et de mes contemporains, et j’ai profité de toutes les opportunités pour continuer à me nourrir des paysages et des villes de nombreux pays du monde ! Mon périple en Iran en1969 pour étudier l’architecture de terre des villages dans le grand désert central, a été l’occasion d’admirer la beauté des sites millénaires du pays, mais aussi des savoirs ancestraux, notamment l’utilisation de briques de terre crue pour construire les habitations (1). Ma présence parmi les architectes conseils de l’Etat pendant 20 ans (1993- 2013) m’a permis de bien connaître les deux départements où j’ai été successivement nommé, la Lozère puis le Nord, ainsi que beaucoup de villes européennes visitées et analysées dans le cadre de voyages annuels. Enfin, mes déplacements professionnels et personnels, à travers le monde ont toujours été riches en visites architecturales, urbaines et paysagères. Cela n’empêchait pas pour autant les moments de détente, particulièrement lorsque nous étions avec nos enfants.

Je viens d’évoquer les sites et les villes, mais la beauté nous est offerte dans tous les paysages, qu’ils soient habités ou non ! J’aborde dans un autre texte nos voyages dans le désert. Ils se sont révélés source d’émotions esthétiques et aussi d’inspiration dans les formes, les couleurs, les traces très anciennes comme les fresques sous abris de rochers, éléments construits qui nous rappellent que certains lieux désertiques ont étés habités il y a des milliers d’années.

Quel que soit l’endroit, on y retrouve l’histoire, la culture et la beauté des lieux, mais aussi la rencontre des femmes et des hommes que l’on croise. Dans certains pays, l’hospitalité reste encore très présente et même un devoir dans les contrées les plus isolées. Quand nous sommes allés en Iran, nous avons traversé la Turquie et le soir venu, nous nous installions à proximité d’une ferme ou d’un hameau après avoir pris contact avec le ou les habitants. Il n’était pas rare que le propriétaire vienne nous apporter fruits et légumes pour notre repas du soir un peu plus tard ! J’avais un voisin turc à la cité universitaire. Issu d’une famille très modeste, il n’avait pu depuis six ans retourner dans son pays ni communiquer par absence de téléphone dans le village. Il m’a proposé de faire étape dans son village. Sur un magnétophone, il a enregistré un message pour que nous puissions le faire entendre à sa famille. Notre arrivée sur place a constitué un événement qui a mobilisé toute la population dans une ambiance de fête et de vive émotion ! Malgré l’impatience à écouter le message, nous avons tout d’abord été invités à nous restaurer puis à faire la sieste pour enfin, devant tout le village réuni, diffuser le message enregistré par notre ami pour sa famille. Il fut écouté dans un silence religieux jusqu’à la fin. Nous n’avons malheureusement pas pu répondre ensuite à leurs questions car personne ne parlait le français ou l’anglais. Ce souvenir est étrange car il reste encore très ancré dans ma mémoire comme un moment de forte humanité, auquel nous avons participé par la transmission de ces quelques mots dont nous étions porteurs.

En Iran, nous avons pu profiter de la présence d’étudiants en vacances d’été pour dialoguer en anglais, ce qui nous a aidés à comprendre beaucoup de choses sur la vie quotidienne et les villages étudiés.

Un bel exemple de vacances et de culture ! Notre métier ne peut s’exercer en vase clos ; il nécessite de se « frotter » à d’autres pays, d’autres cultures, d’autres personnes, d’autres matériaux, … Le voyage si libre dans les années soixante, soixante-dix, devient difficile dans beaucoup de pays pour des raisons de frontières et de sécurité ; à l’époque, nous n’aurions pu imaginer cela. Espérons que les hommes retrouvent la raison et que demain nous puissions revoir Persépolis, Ispahan, Chiraz et plus largement toutes les beautés du monde !

1_ Voir texte « Le voyage en Iran 1969 ».

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