HISTOIRE D’UN PUITS
Voici un texte qui correspond à des préoccupations environnementales contemporaines. Il y a un peu plus de trente-cinq ans, nous avons fait l’acquisition d’une maison appartenant à une famille de l’industrie textile de la ville de Vienne, datant de la fin du XIXème siècle. Sur le site étaient construits une maison, un garage et une grotte-rocaille. La maison, de belle allure, composée de trois étages, n’avait pas été très bien entretenue et nécessitait des travaux assez importants au niveau de l’ensemble des corps d’état secondaires. L’accès au garage devait être modifié pour passer des voitures à chevaux aux voitures d’aujourd’hui et la grotte, curiosité pittoresque, avait besoin d’attentions particulières pour en assurer la pérennité. Une fois ces réparations effectuées, je me suis posé la question de l’arrosage du jardin et de la pelouse pour lequel je n’avais que l’eau potable de la commune. L’idée d’installer un puits m’est venu rapidement car la plaine alluviale de la ville est située entre les collines à l’Est et la présence du Rhône à l’Ouest.
La décision fut prise et je contactai un sourcier par l’intermédiaire d’un ami. Le jour prévu, je découvre un homme de plus de 80 ans, ingénieur de formation. Avant d’opérer, nous faisons connaissance et il me raconte une anecdote vécue quelques jours plus tôt dans la banlieue chic de Genève. Il intervient dans une demeure très luxueuse, parc magnifique, Rolls-Royce et Bentley sur le parking. Il commence son travail à l’aide de sa tige de cuivre. Très concentré, il est surpris lorsque quelqu’un lui tape sur l’épaule. Il se retourne et se trouve face à un gendarme. « Qui êtes-vous et que faites-vous » lui demande-t-il ? Le sourcier décline son identité et sa fonction. Le gendarme le prie alors de quitter les lieux, car ses collègues viennent d’arrêter et menotter les propriétaires et il ajoute qu’à son avis, ils ne sont pas près de revenir ! En effet, il voit deux personnes escortées vers un fourgon de police. Il rentre chez lui, un peu en colère d’avoir perdu son temps et sa journée.
Après le récit de cette aventure, il se met au travail, arpentant le terrain en tous sens avec sa baguette de cuivre. Je l’observe discrètement pour ne pas le déranger. Au bout d’un quart d’heure environ, il s’arrête, sort une bombe de peinture de sa poche et trace une croix dans l’herbe. Il se retourne et me lance :
« Là, à l’emplacement de la croix, un bon débit à treize mètres de profondeur. »
« Vous êtes sûr ? lui-dis-je. »
« Vous devez me faire confiance, me répond-il très calmement ».
J’ai contacté une entreprise spécialisée dans le forage des puits. Elle connaissait le sourcier comme étant une personne fiable. Nous avons convenu d’une date. Après un forage profond de treize mètres, l’eau a jailli, un véritable geyser de plus de dix mètres de haut au milieu du jardin ! L’installation d’une pompe en surface dans un tabouret a complété l’équipement et j’arrose maintenant avec bonheur, sans utiliser l’eau potable.
Pour terminer ce texte, j’ajoute que j’ai récemment planté un olivier dans ce même jardin, pas loin du puits. Il vient compléter les arbres existants. C’était un très vieux rêve. J’adore ces arbres souvent torturés qui possèdent une longévité incroyable. Compte tenu de mon âge, je l’ai choisi d’une belle dimension pour que nous puissions vieillir quelques années ensemble ! Je sais qu’il me survivra sans peine. Voilà peut-être une manière de lui transmettre ma flamme dans une recherche d’immortalité. Il fait l’objet d’un texte à venir.